Si vous devez déposer ou renouveler votre évaluation EcoVadis dans les prochains mois, le terrain a bougé. Entre avril et mai 2026, EcoVadis a publié dix changements de méthodologie, suivis d’un nouveau lot au deuxième trimestre. Certains vous demandent plus de rigueur sur les preuves. D’autres vous offrent des points faciles à prendre, à condition de les connaître.
Ayant piloté des démarches EcoVadis du Silver au Gold, puis du Gold au Platinum (de 60 à 88 points en trois ans pour l’une d’elles), je vous résume ce qui compte vraiment avant de déposer.
L’essentiel en 30 secondes
- Le niveau des preuves se durcie : le chiffre d’affaires ne compte plus pour la couverture, les certificats « en cours » ne sont plus acceptés.
- De nouvelles preuves sont admises : rapports d’audit, captures de bases de vérification publiques.
- Des points sont à prendre : référentiel GRI « with reference », gestion des risques environnementaux.
- Le scorecard devient plus lisible, avec une fenêtre de relecture de deux jours ouvrés avant publication.
- Tout cela s’inscrit dans un alignement avec la réglementation européenne : sept des dix changements du premier trimestre en découlent, selon l’analyse de Sunhat.
1. Les preuves : EcoVadis devient plus exigeant
Le chiffre d’affaires ne sert plus à calculer la couverture (depuis le 15 avril 2026). Pour les évaluations de groupe, les seuils de couverture des preuves (80 % / 95 %) se calculent désormais uniquement sur le nombre de salariés ou de sites. Une entité qui réalise beaucoup de chiffre d’affaires avec peu de salariés ne pèse donc plus autant dans votre couverture. À faire : recalculer votre couverture avant dépôt.
Les certificats « en cours » ne comptent plus. Un ISO 14001, 45001 ou 27001 « in progress » n’apporte plus de point « bonus ». Si votre certification arrive après votre dépôt, elle ne sera pas pris en compte. Même logique pour une extension de périmètre. Si vous êtes déjà certifié et que vous étendez votre couverture à de nouveaux sites, seul le périmètre officiellement certifié compte : la démarche en cours sur les sites non encore certifiés ne sera pas comptabilisée. Par exemple, avec une ISO 14001 délivrée sur 3 de vos 5 sites, les 2 autres restent hors périmètre le jour du dépôt, même si leur audit est programmé.
En contrepartie, les rapports d’audit sont acceptés. Les rapports d’audit externes (SMETA, amfori BSCI, TfS, audits clients qualifiés) peuvent servir de preuve pour les politiques, les actions et le reporting. Attention : un rapport d’audit qui révèle des non-conformités majeures peut se retourner contre vous, avec des points refusés ou un impact en 360 Watch.
Pour les certifications, d’autres justificatifs sont tolérés si la norme dispose d’une base de vérification publique (B Corp, ISO…) : captures d’écran de la base, rapport d’audit, communication officielle. La base doit faire apparaître le nom de l’entreprise, la norme, le périmètre et la validité.
2. Les points à prendre
Le GRI « with reference » est mieux valorisé. Un rapport établi « en référence » aux normes GRI peut maintenant donner un score de reporting de 75/100, si les autres critères de qualité sont remplis. Auparavant, cela ne donnait qu’une force. Pas besoin d’être « in accordance » pour en bénéficier.
Deux nouvelles questions sur les risques environnementaux. Elles portent sur l’évaluation des risques (climat physique, stress hydrique, dépendance à la biodiversité) et sur les actions de réponse. Elles ne peuvent pas faire baisser votre score, mais des preuves valides peuvent déclencher de nouvelles forces. Si vous avez une analyse de risques physiques ou un plan de résilience, sortez-les.
Côté social, le turnover entre dans le jeu. D’après l’analyse de Greenplaces, le turnover des salariés est pris en compte dans l’évaluation depuis le premier trimestre 2026. Rappelons aussi que le critère « Diversité, équité et inclusion » s’appelle désormais « Discrimination & Harassment », ce qui déplace le centre de gravité vers la prévention. Vérifiez vos indicateurs RH avant de répondre.
3. Le scorecard change
Des axes d’amélioration enfin précis. Les consignes vagues laissent place à un retour en quatre catégories : bonnes pratiques sectorielles, robustesse des politiques (objectifs chiffrés manquants), qualité des engagements externes, et certifications absentes. La méthode de notation, elle, ne change pas : c’est l’affichage qui devient diagnostique. À votre prochain scorecard, lisez cette section comme une feuille de route des points disponibles. Au deuxième trimestre, un nouveau lot de retours détaillés couvre l’eau, la biodiversité et la pollution de l’air.
Une fenêtre de deux jours ouvrés avant publication. Vous pouvez signaler des erreurs factuelles (nom, taille, secteur, élément 360 Watch rattaché à la mauvaise entité, document rejeté alors qu’il respectait les exigences). Un désaccord sur votre note ou sur la méthodologie n’est pas recevable, et le scorecard est publié automatiquement après deux jours. Il faut donc préparer son dossier en amont, document par document.
4. Climat et environnement : plus de précision
- Scope 2 : la métrique unique est remplacée par deux options, location-based et market-based (depuis le 7 mai 2026), et il faut désormais préciser la méthode de calcul de vos objectifs Scope 2. Si votre bilan carbone sépare déjà les deux, vous pouvez réutiliser les mêmes données qu’en CSRD ou CDP.
- Alignement CSDDD : les options sur la biodiversité, la pollution de l’air et les matériaux, produits chimiques et déchets ont été reformulées pour coller à l’annexe II de la directive devoir de vigilance. Certaines de vos actions existantes peuvent maintenant être décrites, donc comptées.
Pourquoi EcoVadis bouge autant
EcoVadis se prépare à une supervision européenne. Le règlement sur les notations ESG est entré en application en juillet 2026, et EcoVadis a notifié l’ESMA de son intention de demander son agrément. La méthodologie est désormais publiée dans une section « Regulatory disclosures » de la plateforme, avec un système de versions, une consultation publique pour les changements majeurs. À retenir : la transparence augmente, et le niveau de preuve exigé aussi.
Ma checklist avant de déposer
- Recalculer la couverture de vos preuves en effectifs et en sites, plus en chiffre d’affaires.
- Lister vos certifications : valides, en cours (à traiter autrement), avec base de vérification publique ou non.
- Recenser vos rapports d’audit utilisables, et vérifier qu’ils ne contiennent pas de non-conformité majeure.
- Rassembler vos preuves « bonus » : analyse de risques climat/eau/biodiversité, référence GRI, indicateurs RH (turnover compris).
- Séparer vos Scope 2 en location-based et market-based.
- Archiver chaque document déposé, pour pouvoir contrôler le scorecard dans la fenêtre de deux jours.
En résumé
EcoVadis demande moins de promesses et plus de preuves, tracées et complètes. Les entreprises qui s’en sortent le mieux sont celles qui préparent leur dossier toute l’année, pas dans les trois semaines avant le dépôt.
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